La poudrière libanaise sur le point d'exploser

Rédigé par Jerome BOUTEILLER le Dimanche 11 Mai 2008 à 14:20


Un peu comme en géologie avec les failles entre les plaques tectoniques, à l'origine des tremblements de terre ou des eruptions volcaniques, certaines zones dans le monde sont de véritables poudrières : les balkans, le caucase, le cachemire et bien entendu le proche orient.

Depuis quelques jours, le liban confirme ce statut avec de nouveaux affrontements qui préfigurent certainement un conflit régional de plus grande envergure. A première vue, on pourrait voir dans cette crise un bras de fer libano-libanais entre d'une part les sunnites Fouad Siniora (Premier Ministre) et Saad Hariri (Fils de Rafik Harrri) et d'autre part les chiites de Hassan Nasrallah, le puissant président du Hezbollah, le parti-milice qui a réussi à tenir tête à Israël au cours de l'été 2006.

Mais derrière cette affaire locale, se cache un affrontement de plus grande envergure avec un premier ministre soutenu par les "occidentaux" (USA, Israël) et leurs alliés sunnites (Arabie, Jordanie, Egytpe) et en face, un hezbollah bénéficiant du soutien inattendu de Michel Aoun, chef chrétien maronite, des Syriens (sunnites !), de l'Iran (chiite) et vraisemblablement de la Russie et de la Chine.

Bref, balayant les théories de Samuel Hutington sur un choc des civilisations entre occident et orient, ce conflit réveille surtout les vieilles fractures de la guerre froide entre "pro-américains" (par intérêt ou par conviction) et le camp d'en face, réunissant (par intérêt ou par conviction) les palestiniens, les syriens, les iraniens, les russes ou les chinois.

Après avoir neutralisé le gouvernement de Fouad Siniora et les médias de Hariri, qui souhaitaient démanteler son réseau de communication, le Hezbollah confirme en tout cas plus que jamais sa puissance sur le Liban d'autant qu'il bénéfice désormais du soutien implicite de l'armée libanaise, longtemps neutre, mais qui a officiellement désavoué les mesures du premier ministre.

Une première victoire qui devrait désormais pousser les "occidentaux" à trouver de nouveaux prétextes pour attaquer un Hezbollah qui mérite ou qui risque (selon les points de vue), de prendre démocratiquement la tête du Pays au Cèdre. Une situation certainement jugée inacceptable à Tel Aviv, qui vient de fêter les 60 ans de l'Etat d'Israël, et qui pourrait, comme certains le redoutent déjà, dégénérer en nouvelle guerre, certainement bien plus grave et destructrice que celle de l'Eté 2006.

De plus en plus proche de Washington, Paris qui dispose des 2000 soldats de la Finul sur place continue néanmoins d'appeler au calme et de s'en remettre, malgré leurs divergences, au gouvernement et à l'armée, pour résoudre cette crise. Une position qui risque néanmoins d'être inaudible, y compris de la part de nos alliés historiques chrétiens maronites, divisés entre le camp "pro-occidental" et le camp d'en face... La troisième guerre mondiale est-elle en train de prendre forme ?

A lire, l'article de Thierry Meyssan, très au fait de la situation sur place :
Le États-Unis parviendront-ils à pousser le Hezbollah à la faute ?
Tags : guerre hezbollah israël liban

| commentaire | Polisphère | Dimanche 11 Mai 2008