jer.me : le blog de Jérôme Bouteiller
Faut il anticiper un internet post-browsing ?
On a tendance à l'oublier, mais internet n'est pas le web et le web n'est pas internet. Internet existait déjà depuis 20 ans quand le web est apparu et je me demande si cette application, qui a pourtant attiré des milliards de personnes sur le net, n'est pas désormais menacée
 
En ce moment, la grande tendance, c'est le passage du "desktop" au "mobile". Selon Google, la moitié des recherches se fait désormais sur un smartphone ou une tablette. Mais sur un mobile, la consultation ne se fait pas nécessairement dans le navigateur et de plus en plus de mobinautes préfèrent opter pour des applications, dont les technologies n'ont rien à voir avec le "web".
 
Pour un site comme Ubergizmo, près des 2/3 de l'audience se fait sur un terminal mobile et l'application représente déjà plus de 15% du trafic voire 25% si on se focalise sur le seul critère des pages vues.  C'est donc une réalité : un quart de l'audience ne se fait déjà plus au sein d'un navigateur.
 
Cette audience "post-browser" se fait d'une part dans les applications iOS, Android ou Windows, gérées par nos copains de GoodBarber, mais elle passe également par des agrégateurs comme Google Newsstand, NewsRepublic ou MSN, qui sont en pleine croissance. Et avec le lancement des agrégateurs d'Apple (News), de SnapChat (Discovery) ou Facebook (Instant Articles), je pense que le cap des 50% "hors navigateur" est envisageable d'ici 2020.
 
D'ailleurs, le navigateur n'est il pas lui même un concept obsolète ? J'ai beaucoup de respect pour le worldwideweb imaginé par Tim Berners Lee en 1989 et concrétisant les visions du Memex (1945) et de Xanadu (1965), mais avons nous réellement besoin d'une fenêtre dans la fenêtre ? D'un navigateur par dessous notre système d'exploitation ? Google fusionne Android et Chrome O, Microsoft annonce un OS Windows unique pour PC et smartphones et Apple multiplie les synergies entre iOS et MacOS. Et si on observe les deux derniers gadgets lancés par Apple, sa watch et son boitier TV, ni l'un ni l'autre ne sont équipés d'un navigateur web.
 
Ma conviction est que la fenêtre ouverte il y a 25 ans avec le web est en train de se refermer. Que malgré toutes les lois sur la neutralité du net ou des plates-formes, l'avenir pourrait ressembler à 3 ou 4 immenses écosystèmes numériques, contrôlés par Apple, Google, Facebook ou Microsoft. Dans les années 80 et alors que le web n'existait pas, les services en ligne étaient "propriétaires", sous le contrôle de serveurs tels que AOL et Compuserve aux Etats-Unis, mais également de France Telecom avec son incontournable Minitel. L'ironie est que cette servitude volontaire, plaisait au consommateur et offrait un modèle économique vertueux à toute une industrie.
 
La NetEconomie survivra t-elle au navigateur et plus globalement au Web ? L'avenir des services en ligne consiste t-il  revisiter des recettes du passé ? Le débat est ouvert mais la technologie progresse très vite et je doute que les partisans de l'ouverture et de l'interopérabilité soient en mesure de contenir un tel mouvement.


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Technosphère

Lundi 30 Novembre 2015

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